Les banques centrales sont confrontées à plusieurs défis systémiques qui font entrer leur action dans une ère d’incertitude radicale, montre un discours intéressant du numéro 2 de la Banque des règlements internationaux.

Son discours a attiré notre attention. Luiz Pereira da Silva est le numéro 2 de la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, un puissant centre d’expertise situé à Bâle, en Suisse. Le 19 août dernier, il a tenu une conférence sur les défis auxquels sont confrontés les banquiers centraux. Et ils ne sont pas minces !

Evidemment, le premier concerne l’inflation. L’expert...

Son discours a attiré notre attention. Luiz Pereira da Silva est le numéro 2 de la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, un puissant centre d’expertise situé à Bâle, en Suisse. Le 19 août dernier, il a tenu une conférence sur les défis auxquels sont confrontés les banquiers centraux. Et ils ne sont pas minces !

Evidemment, le premier concerne l’inflation. L’expert rappelle que si l’objectif des banques centrales est de maîtriser la hausse des prix, elles doivent le faire sans casser l’activité et sans provoquer d’instabilité financière. Dans ce dernier cas, nombreux sont celles et ceux qui disaient que des taux bas et une abondance de liquidités portaient en eux les germes d’une crise financière systémique. Une configuration qui n’a pas eu lieu.

En revanche, l’expert rappelle que la remontée des taux peut aussi créer de l’instabilité quand le contrôle des risques au sein des établissements bancaires est défaillant. SVB et Credit Suisse en ont été l’illustration.

Quel sera l’avenir de l’inflation ? Plusieurs facteurs structurels laissent penser que les prix resteront élevés. D’abord, le refus croissant de travailler mal – faible rémunération, conditions de travail dégradées – pousse à la hausse des salaires. Ensuite, la relocalisation de certaines productions et la montée des coûts de production en Chine maintiendront des prix élevés. Enfin, la transition écologique pousse elle aussi les prix vers le haut. Va-t-on pour autant vers une inflation permanente ou vers un niveau de prix « plafond » plus élevé ? Difficile à dire pour le moment.

Le second défi est celui du réchauffement climatique. Il porte des enjeux spécifiques pour les banques centrales. Les actifs échoués – ces actifs dont la valeur va baisser en raison des contraintes environnementales à l’image des gisements pétroliers – peuvent être source d’instabilité financière. Les banquiers centraux doivent contrôler l’exposition aux risques climatiques des banques et de la finance, mieux en maîtriser les conséquences sur les prix et aider à orienter les capitaux vers le financement de la transition.

Inégalités, innovation, intelligence artificielle

Les inégalités au sein des pays représentent le troisième défi. Un sujet que l’on n’a pas beaucoup l’habitude de voir mis en avant par les banquiers centraux. Mais pour l’auteur, les inégalités perturbent l’efficacité de la politique monétaire : après une récession, il est plus difficile de relancer la machine dans les sociétés inégalitaires.

Pour l’auteur, les inégalités perturbent l’efficacité de la politique monétaire

Avec d’autres experts, il avait publié en 2022 un document de travail montrant les mécanismes par lesquels la politique monétaire perd de sa force. Le texte se terminait par trois recommandations : intégrer l’hétérogénéité des revenus des ménages dans les modèles des banques centrales, corriger les inégalités avec des systèmes fiscaux plus progressifs et accroître le pouvoir des salariés dans les entreprises. On ne s’attendait pas à voir ce genre de propositions dans cette institution !

Quatrième défi, l’innovation financière numérique. La numérisation peut, sur le papier, permettre de toucher plus de gens, elle facilite l’inclusion financière. Mais dans les faits, elle profite pour le moment surtout à quelques acteurs puissants qui peuvent choisir leur public et renforcer les discriminations. Chaque écosystème numérique peut aussi se développer dans son pays ou sa zone d’influence et conduire à une fragmentation de la finance...ou bien à l’inverse renforcer les liens et les mouvements spéculatifs à la vitesse du clic. Si trop de décisions financières sont automatisées, le contrôle des flux financiers pourrait échapper aux humains.

Le dernier défi est ainsi celui de l’intelligence artificielle. La perte de contrôle sur les décisions financières et ses conséquences sur la stabilité financière inquiète Luiz Pereira da Silva.

Bonne chance aux futurs banquiers centraux ! Ils devront prendre en compte toutes ces dimensions, dont les effets se combinent tout en répondant souvent à des temporalités différentes. « Nos modèles économiques et monétaires traditionnels ne semblent pas être capables de prendre en compte cette complexité », conclut humblement le spécialiste. Les banques centrales sont entrées dans une ère d’incertitude radicale.

QOSHE - Les cinq défis des banques centrales - Christian Chavagneux
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Les cinq défis des banques centrales

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25.10.2023

Les banques centrales sont confrontées à plusieurs défis systémiques qui font entrer leur action dans une ère d’incertitude radicale, montre un discours intéressant du numéro 2 de la Banque des règlements internationaux.

Son discours a attiré notre attention. Luiz Pereira da Silva est le numéro 2 de la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, un puissant centre d’expertise situé à Bâle, en Suisse. Le 19 août dernier, il a tenu une conférence sur les défis auxquels sont confrontés les banquiers centraux. Et ils ne sont pas minces !

Evidemment, le premier concerne l’inflation. L’expert...

Son discours a attiré notre attention. Luiz Pereira da Silva est le numéro 2 de la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, un puissant centre d’expertise situé à Bâle, en Suisse. Le 19 août dernier, il a tenu une conférence sur les défis auxquels sont confrontés les banquiers centraux. Et ils ne sont pas minces !

Evidemment, le premier concerne l’inflation. L’expert rappelle que si l’objectif des banques centrales est de maîtriser la hausse des prix, elles doivent le faire sans casser l’activité et sans provoquer d’instabilité financière. Dans ce........

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