Les régulations mises en place après la crise de 2007-2008 ont contribué à mieux réguler la finance, mais les risques sont encore loin d’être maîtrisés.

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ouvre un mois de tensions amenant le système bancaire mondial au bord de l’effondrement. Après un sauvetage de court terme en octobre, les gouvernements posent les bases d’une nouvelle régulation de la finance mondiale. Où en est-on quinze ans après ?

Premier point à noter, le sujet est beaucoup moins sur la table. Alors que la crise avait fait entrer les questions de régulation des banques et de la finance dans le débat public et même dans les mobilisations sociales – rappelons-nous le mouvement Occupy Wall Street – le thème est sorti du radar politique pour retourner aux échanges entre techniciens. Rien de plus normal pour Christophe Boucher, professeur à l’université de Nanterre et directeur des investissements chez la société de gestion ABN Amro.

« Il n’y a pas eu de crise financière importante...

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ouvre un mois de tensions amenant le système bancaire mondial au bord de l’effondrement. Après un sauvetage de court terme en octobre, les gouvernements posent les bases d’une nouvelle régulation de la finance mondiale. Où en est-on quinze ans après ?

Premier point à noter, le sujet est beaucoup moins sur la table. Alors que la crise avait fait entrer les questions de régulation des banques et de la finance dans le débat public et même dans les mobilisations sociales – rappelons-nous le mouvement Occupy Wall Street – le thème est sorti du radar politique pour retourner aux échanges entre techniciens. Rien de plus normal pour Christophe Boucher, professeur à l’université de Nanterre et directeur des investissements chez la société de gestion ABN Amro.

« Il n’y a pas eu de crise financière importante depuis celles de 2008 et 2011. Et puis, la pandémie a donné la priorité à d’autres intérêts de recherche en même temps que les risques climatiques sont devenus la priorité », analyse-t-il.

Il est d’autant plus difficile de rester motivé par le sujet que l’on ne peut que constater la difficulté pour les régulateurs à aller tout simplement au bout de leurs décisions prises après l’événement. Les nouvelles règles ont été établies entre 2010 et 2017 et leur application totale devrait se terminer en… 2030 ! Plus de vingt ans après la crise.

« Ce sont des sujets complexes, coûteux pour les régulateurs et l’industrie, et la mise en œuvre doit s’échelonner dans le temps », plaide Laurent Clerc, directeur d’étude et d’analyse des risques à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le régulateur français.

Résistances

Un temps long dont les lobbies de la banque et de la finance ont profité pour reprendre du poil de la bête. Les banques françaises, en particulier, sont en tête des mobilisations contre plusieurs régulations, par exemple celle qui veut encadrer les abus de l’utilisation de leurs modèles internes de mesure des risques.

En 2020, la Banques des règlements internationaux (BRI) avait montré combien certaines banques utilisent ces modèles pour contourner les contraintes des régulations issues de la crise en minimisant leurs risques. Quand les banquiers commencent à dire que tout va bien et qu’il faut reculer sur le plan réglementaire, c’est souvent un mauvais signe !

Pour autant, on ne peut pas dire que 2007-2008 n’ait rien changé. « La crise a marqué une véritable rupture : la fin de la croyance dans l’autorégulation de la finance », avance Yamina Tadjeddine, de l’université de Lorraine. L’innovation financière est passée du côté des régulateurs qui ont défini de nouvelles règles pour les banques, plus de fonds propres, plus de liquidité (détenir des titres faciles à vendre en cas de besoin de cash), plus de transparence sur les paris avec des produits financiers sophistiqués, sur la gestion des crises, etc.

« Le secteur financier reste en quête de dividendes massifs à partir de comportements court-termistes », Yamina Tadjeddine, économiste

« La crise a permis un changement de perspective : nous avons compris que l’approche microprudentielle, fondée sur la surveillance individuelle des banques, devait s’accompagner d’une surveillance macroprudentielle visant à prendre en compte l’ensemble des interactions au sein du système financier. Nous avons renforcé la résilience du secteur bancaire et le suivi des risques de contagion. Nous avons renforcé la gouvernance de la régulation au niveau mondial, européen et français », explique Laurent Clerc de l’ACPR.

Pour quel résultat ? « Aujourd’hui, je ne vois pas d’où pourrait venir une crise systémique », c’est-à-dire une forte crise capable d’arrêter le fonctionnement de la finance, déclare Christophe Boucher. S’il a raison, c’est un excellent résultat.

Pour autant, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Le secteur financier reste en quête de dividendes massifs à partir de comportements court-termistes, on le voit notamment dans le secteur des crypto-actifs », explique Yamina Tadjeddine. En témoignent cette année les difficultés des banques régionales américaines et la faillite de SVB aux Etats-Unis suivie de celle de Crédit Suisse.

Supervision bancaire

L’agitation qui a suivi ces deux épisodes a permis de tirer quelques leçons. D’abord, même les difficultés de petites banques peuvent avoir de gros effets négatifs. C’est ce que souligne une étude récente du Fonds monétaire international (FMI). Des petits établissements peuvent jouer un rôle local important, la contagion peut gagner un groupe important de petites banques, le dérapage d’un établissement entamer la confiance dans la qualité des autorités publiques.

Suite à la faillite de SVB puis de Crédit Suisse, le FMI insiste sur la nécessité de renforcer la régulation mais aussi la supervision bancaire

Ensuite, le FMI insiste beaucoup sur la nécessité de renforcer non seulement la régulation, mais aussi la supervision bancaire, le contrôle de l’application des régulations et la surveillance des pratiques des banques. Les nouvelles réglementations ont imposé aux banques de se financer avec plus de capital et de disposer de plus de liquidités ? Crédit Suisse respectait à la lettre ces nouvelles règles. Mais son modèle de gouvernance et de contrôle des risques était défaillant, comme celui de SVB.

Le FMI appelle alors les superviseurs, et fortement, à être beaucoup plus intrusifs et à ne pas hésiter à dire aux patrons de banque : « Là, vous faites des bêtises, là, vous contrôlez mal les risques, changez-moi cela rapidement sinon je vous punis sévèrement ».

Enfin, les règles post-2008 étaient censées encadrer et coordonner l’intervention des pouvoirs publics des différents pays en cas de crise et suivre des procédures bien calibrées en cas de faillite. Mais, aux Etats-Unis comme en Suisse, « on a fait à l’ancienne ! », commente Christophe Boucher.

« L’Etat reste in fine le seul acteur à prendre les décisions en cas de crise », renchérit Yamina Tadjeddine et « les solutions restent en pratique d’abord et avant tout nationales », conclut Laurent Clerc. Bref, l’Etat ne peut pas se passer d’intervenir quand l’agitation bancaire se fait trop virulente et chaque gouvernement décide dans son coin la façon dont il va gérer la crise.

Pour tenter d’empêcher de nouvelles crises bancaires et financières, il faudra suivre trois chemins : finir d’appliquer les règles décidées après la crise ; passer à une supervision publique plus intrusive des business models des banques ; et mettre en place de nouvelles règles pour répondre aux risques insuffisamment pris en compte (transition climatique, crypto-actifs, shadow banking, paradis réglementaires…). On en est encore loin !

QOSHE - Lehman Brothers quinze ans après : les leçons de la crise - Christian Chavagneux
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Lehman Brothers quinze ans après : les leçons de la crise

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28.09.2023

Les régulations mises en place après la crise de 2007-2008 ont contribué à mieux réguler la finance, mais les risques sont encore loin d’être maîtrisés.

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ouvre un mois de tensions amenant le système bancaire mondial au bord de l’effondrement. Après un sauvetage de court terme en octobre, les gouvernements posent les bases d’une nouvelle régulation de la finance mondiale. Où en est-on quinze ans après ?

Premier point à noter, le sujet est beaucoup moins sur la table. Alors que la crise avait fait entrer les questions de régulation des banques et de la finance dans le débat public et même dans les mobilisations sociales – rappelons-nous le mouvement Occupy Wall Street – le thème est sorti du radar politique pour retourner aux échanges entre techniciens. Rien de plus normal pour Christophe Boucher, professeur à l’université de Nanterre et directeur des investissements chez la société de gestion ABN Amro.

« Il n’y a pas eu de crise financière importante...

En septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers ouvre un mois de tensions amenant le système bancaire mondial au bord de l’effondrement. Après un sauvetage de court terme en octobre, les gouvernements posent les bases d’une nouvelle régulation de la finance mondiale. Où en est-on quinze ans après ?

Premier point à noter, le sujet est beaucoup moins sur la table. Alors que la crise avait fait entrer les questions de régulation des banques et de la finance dans le débat public et même dans les mobilisations sociales – rappelons-nous le mouvement Occupy Wall Street – le thème est sorti du radar politique pour retourner aux échanges entre techniciens. Rien de plus normal pour Christophe Boucher, professeur à l’université de Nanterre et directeur des investissements chez la société de gestion ABN Amro.

« Il n’y a pas eu de crise financière importante depuis celles de 2008 et 2011. Et puis, la pandémie a donné la priorité à........

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