A l’occasion de l’exposition sur Astérix qui vient d’ouvrir ses portes à Citéco, à Paris, retour sur la vision ironique de l’économie proposée par Goscinny et Uderzo.

L’idée est originale : faire d’Astérix, Obélix et leurs compagnons un point de passage pédagogique pour expliquer l’économie. C’est ce que propose Citéco, la Cité de l’économie, avec une exposition temporaire L’économie selon Astérix du 21 octobre au 26 février 2024. Les créateurs des personnages, René Goscinny et Albert Uderzo, n’étaient pas plus des économistes que des historiens spécialistes de l’Empire romain...

L’idée est originale : faire d’Astérix, Obélix et leurs compagnons un point de passage pédagogique pour expliquer l’économie. C’est ce que propose Citéco, la Cité de l’économie, avec une exposition temporaire L’économie selon Astérix du 21 octobre au 26 février 20241.

Les créateurs des personnages, René Goscinny et Albert Uderzo, n’étaient pas plus des économistes que des historiens spécialistes de l’Empire romain – même s’ils ont toujours attaché de l’importance à s’informer précisément sur les sujets qu’ils traitaient. Leur propos est parodique et on s’amuse à découvrir combien les albums sont en fait remplis de clins d’œil aux questions économiques.

Les fans du village gaulois savent que la critique économique la plus développée se trouve dans Obélix et compagnie. Le point de départ de l’intrigue est ironique, les Romains ont trouvé comment se débarrasser des irréductibles Gaulois : en les plongeant dans l’économie de marché !

Obélix se retrouve avec une demande explosive de menhirs et bientôt tout le village travaille à en fabriquer ou à chasser des sangliers pour nourrir les fabricants de menhirs.

L’arrivée d’une vaste quantité d’argent dans le village change la nature des relations sociales. La quête d’accumulation sans fin s’impose, le temps libre est converti en temps de travail pour produire et gagner plus. Les relations marchandes s’imposent, plus personne ne pense à aller taper sur les Romains.

Obélix, devenu l’homme le plus riche du village, développe une consommation ostentatoire, digne de son nouveau rang social. Afin de récupérer leur mise – l’argent public qui sert à acheter les menhirs –, les Romains montent une campagne marketing intense pour vendre aux particuliers un produit totalement inutile : un menhir.

La demande suit, jusqu’à ce que les producteurs romains de menhirs réclament des barrières protectionnistes pour défendre le « Made in Rome » contre la concurrence gauloise. La demande chute en pleine surproduction, c’est « la crise mondiale du menhir »…

Les deux auteurs se sont clairement amusés à parodier les discours abscons des économistes, portés dans l’album par un « néarque » issu de la Nouvelle école d’affranchis (NEA) dont les traits ressemblent furieusement à ceux de Jacques Chirac, alors Premier ministre.

Les institutions de l’économie

La réflexion sur l’argent et sur son rôle est très présente dans bien d’autres albums. Dans Astérix et le chaudron, la monnaie est bien plus qu’un simple instrument d’échange. Elle représente un lien d’honneur, un lien social et une institution politique qui sert à payer les impôts. A condition qu’elle ne soit pas dissimulée dans un coffre en Suisse derrière un compte anonyme comme dans Astérix chez les Helvètes

Le collecteur d’impôts du Chaudron n’est que l’une des représentations de l’Etat qui joue un rôle économique clé. Il détient la force (les légions) qui assure le respect des contrats et, on l’a vu, c’est lui qui organise le marché du menhir. Sans soutien et volonté politiques, pas d’économie qui tienne.

Et les entreprises dans tout ça ? Elles sont présentes partout, de la boutique du village gaulois à la multinationale. Si la paperasserie administrative est souvent présentée gravée dans le marbre (au sens premier du terme !), elle n’est pas qu’étatique.

Les Romains ont trouvé comment se débarrasser des irréductibles Gaulois : en les plongeant dans l’économie de marché !

Dans Le bouclier arverne, on croise une grande entreprise du monde de l’industrie (le mot est employé par Astérix), située à Clermont-Ferrand et qui ressemble furieusement à Michelin (on y fabrique des roues pour le monde entier). Une foule d’administratifs y travaille pour faire tourner la boutique. Et le PDG est forcément « en réunion » (en fait, en pleine sieste). Et beaucoup d’albums font référence aux vastes dépenses de publicité engagées pour faire vendre.

Même le capitalisme actionnarial trouve sa place dans les albums, avec Astérix gladiateur. On y découvre le marchand phénicien Epidemaïs dont le bateau est géré comme une société par actions. Seul souci pour les actionnaires qui n’ont pas bien lu les petites lignes du contrat d’achat des titres : ce sont eux qui doivent ramer ! Ils apportent ainsi leur capital mais aussi leur travail, et ils doivent ramer dur s’ils veulent que l’entreprise commerciale leur distribue des dividendes.

Comme le rappelle à juste titre l’exposition de Citéco, René Goscinny et Albert Uderzo créent leur village gaulois dans les années 1960, durant les Trente Glorieuses. On a déjà évoqué la présence dans les albums de la critique de la publicité qui nourrit une société de consommation en plein développement.

C’est aussi une économie qui doit couvrir son territoire d’infrastructures permettant aux produits et aux gens de circuler. A l’époque, ce sont les fameuses voies romaines, nos autoroutes, construites dans Astérix et la serpe d’or par une main-d’œuvre peu qualifiée qui vient visiblement de Chine…

Le progrès, c’est aussi une urbanisation qui s’étend, un thème largement traité dans Le domaine des dieux. Quand César parle, dans cet album, de construire en Gaule une « Rome II », les auteurs font allusion au centre commercial Parly 2 que ses promoteurs ont voulu un moment baptiser « Paris 2 ». Un étalement urbain qui oblige à raser une partie de la nature en détruisant les arbres, ce que dénonce l’album. L’un des panneaux de l’exposition précise à ce titre qu’en quelques années, le bois de Bondy, qu’Albert Uderzo connaissait bien, a complètement disparu, remplacé par des immeubles et des centres commerciaux.

Les grands événements sportifs

De manière générale, on est surpris de découvrir combien les préoccupations écologiques sont présentes chez les deux auteurs et leurs successeurs, Jean-Yves Ferri et Didier Conrad : la privatisation des biens communs (Obélix et compagnie), la pollution des villes et les embouteillages (plusieurs albums), la mer polluée (La fille de Vercingétorix), etc.

Coupe du monde de rugby en 2023, jeux Olympiques en 2024, si l’affrontement sportif et la fierté de gagner sont bien présents dans Astérix aux jeux Olympiques et dans Astérix et la Transitalique, les deux albums n’hésitent pas à mettre en avant des aspects moins glorieux comme le dopage, la corruption et les pots-de-vin. La course qui traverse l’Italie entre Monza et Naples est sponsorisée par une grande marque (le Garum Lupus, le garum est alors un condiment très utilisé) dont les affiches couvrent le parcours, reflet d’un sport spectacle bien en place (Astérix et la Transitalique a été publié en 2017).

Et il n’y a pas que dans le sport que l’on retrouve des embrouilles. Il y a les trafics de serpes d’or, la fraude fiscale, les coffres en Suisse et même la guerre économique dans Astérix chez les Goths quand ces derniers veulent capturer le druide Panoramix pour voler la recette de la potion magique !

Les aventures d’Astérix et Obélix comportent toujours plusieurs niveaux de lecture. En bons observateurs de leur société, René Goscinny et Albert Uderzo n’ont pas oublié d’y intégrer les questions économiques.

QOSHE - Astérix, un vrai prof d’éco ! - Christian Chavagneux
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Astérix, un vrai prof d’éco !

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21.10.2023

A l’occasion de l’exposition sur Astérix qui vient d’ouvrir ses portes à Citéco, à Paris, retour sur la vision ironique de l’économie proposée par Goscinny et Uderzo.

L’idée est originale : faire d’Astérix, Obélix et leurs compagnons un point de passage pédagogique pour expliquer l’économie. C’est ce que propose Citéco, la Cité de l’économie, avec une exposition temporaire L’économie selon Astérix du 21 octobre au 26 février 2024. Les créateurs des personnages, René Goscinny et Albert Uderzo, n’étaient pas plus des économistes que des historiens spécialistes de l’Empire romain...

L’idée est originale : faire d’Astérix, Obélix et leurs compagnons un point de passage pédagogique pour expliquer l’économie. C’est ce que propose Citéco, la Cité de l’économie, avec une exposition temporaire L’économie selon Astérix du 21 octobre au 26 février 20241.

Les créateurs des personnages, René Goscinny et Albert Uderzo, n’étaient pas plus des économistes que des historiens spécialistes de l’Empire romain – même s’ils ont toujours attaché de l’importance à s’informer précisément sur les sujets qu’ils traitaient. Leur propos est parodique et on s’amuse à découvrir combien les albums sont en fait remplis de clins d’œil aux questions économiques.

Les fans du village gaulois savent que la critique économique la plus développée se trouve dans Obélix et compagnie. Le point de départ de l’intrigue est ironique, les Romains ont trouvé comment se débarrasser des irréductibles Gaulois : en les plongeant dans l’économie de marché !

Obélix se retrouve avec une demande explosive de menhirs et bientôt tout le village travaille à en fabriquer ou à chasser des sangliers pour nourrir les fabricants de menhirs.

L’arrivée d’une vaste quantité d’argent dans le village change la nature des relations sociales. La quête d’accumulation sans fin s’impose, le temps libre est converti en temps de........

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