Contre les associations, les villes RN passent des menaces aux actes
« Finances publiques : 60 milliards engloutis par les associations. » Le 20 septembre dernier, ce titre barrait la Une du JDD, média d’extrême droite détenu par Vincent Bolloré. Un chiffre totalement fantaisiste. La Cour des comptes rappelle que sur un total de 16 milliards d’euros de dépenses de l’Etat à destination de l’économie sociale et solidaire (ESS) en 2024, près de la moitié sont des subventions à destination des associations. Si on y ajoute les 5,8 milliards d’euros d’aide des collectivités locales pour des actions relevant des arts, de la santé et de l’action sociale ou de l’enseignement, on reste encore très loin du compte.
Mais peu importe la véracité des faits, dans les villes dirigées par le Rassemblement national (RN), ce discours a cessé d’être un simple slogan : c’est devenu une politique. L’extrême droite ne cesse de s’en prendre à l’ESS qui concilie utilité sociale, gouvernance démocratique et lucrativité limitée.
« Le RN a déclaré la guerre à l’ESS. Ce parti déteste que des citoyens puissent se réunir librement, il ne veut que des structures obéissantes et silencieuses », affirme Benoît Hamon, président d’ESS France et dont la loi de 2014 a donné une définition légale à ce secteur.
« Le RN a déclaré la guerre à l’ESS. Ce parti déteste que des citoyens puissent se réunir librement, il ne veut que des structures obéissantes et silencieuses », affirme Benoît Hamon, président d’ESS France et dont la loi de 2014 a donné une définition légale à ce secteur.
A chaque projet de loi de finances, le parti d’extrême droite dénonce les crédits accordés à l’ESS, « cette fausse économie, selon les propos du député RN Frédéric Weber, reposant avant tout sur des subventions publiques et une vision idéologique, qui n’a plus grand-chose à voir avec l’esprit d’entreprise. » L’ESS, réunissant des associations, des mutuelles, des coopératives et des entreprises sociales, représente pourtant 10 % du PIB et 2,5 millions de salariés.
Mais au-delà des bancs de l’Assemblée nationale, les attaques du RN se mesurent directement sur le terrain. Dans le viseur : le tissu associatif local.
« Si au départ, dans les premières villes qu’elle remportait, l’extrême droite restait encore dans la retenue ou bien se limitait à quelques attaques ciblées, aujourd’hui elle ne se cache plus et vise frontalement les associations. Elle en fait même un symbole de rupture par rapport aux autres partis », constate le politiste Julien Talpin, directeur de recherche au CNRS et membre de l’Observatoire des libertés associatives.
« Si au départ, dans les premières villes qu’elle remportait, l’extrême droite restait encore dans la retenue ou bien se limitait à quelques attaques ciblées, aujourd’hui elle ne se cache plus et vise frontalement les associations. Elle en fait même un symbole de rupture par rapport aux autres partis », constate le politiste Julien Talpin, directeur de recherche au CNRS et membre de l’Observatoire des libertés associatives.
Des attaques très politiques
Différents champs de l’ESS sont concernés. A Hayange (Moselle), le centre social est dans la ligne de mire du maire RN, Fabien Engelmann. Après sa réélection pour un troisième mandat en mars, tout s’est accéléré.
« En juin, il nous a annoncé baisser de moitié la subvention de la ville. Il savait très bien qu’une telle coupe signifiait la mort du centre social », nous explique son directeur Hassan Bouchlarhem.
« En juin, il nous a annoncé baisser de moitié la subvention de la ville. Il savait très bien qu’une telle coupe signifiait la mort du centre social », nous explique son directeur Hassan Bouchlarhem.
Pour justifier sa décision, le maire a publié une vidéo sur les réseaux sociaux, épinglant le budget de fonctionnement du centre, d’environ 300 000 euros.
Dans la plupart des cas, les élus expliquent les coupes réalisées par la réduction des dépenses publiques. Mais cet argument libéral n’est que la partie émergée de........
