Nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie : plus de nucléaire, moins de renouvelables |
Dans la programmation pluriannuelle de l’énergie publiée ce vendredi, l’exécutif arbitre en faveur du nucléaire et parie sur une explosion de la demande électrique à court terme. Un scénario hasardeux.
Tout un symbole. La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) est parue ce vendredi 13 février au Journal officiel, après avoir été présentée hier. Et c’est à Belfort, sur le site d’Arabelle Solutions, filiale d’EDF, qui fabrique les turbines destinées aux réacteurs nucléaires EPR, que Roland Lescure, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Energie a décidé de se rendre pour marquer l’événement. Il y a quatre ans presque jour pour jour, Emmanuel Macron avait prononcé ici son fameux discours de lancement d’un programme de construction de six à quatorze nouveaux réacteurs nucléaires (EPR2).
Car le nucléaire est bien au cœur du décret publié aujourd’hui après un parcours des plus chaotiques…
Tout un symbole. La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) est parue ce vendredi 13 février au Journal officiel, après avoir été présentée hier. Et c’est à Belfort, sur le site d’Arabelle Solutions, filiale d’EDF, qui fabrique les turbines destinées aux réacteurs nucléaires EPR, que Roland Lescure, le ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Energie a décidé de se rendre pour marquer l’événement. Il y a quatre ans presque jour pour jour, Emmanuel Macron avait prononcé ici son fameux discours de lancement d’un programme de construction de six à quatorze nouveaux réacteurs nucléaires (EPR2)1.
Car le nucléaire est bien au cœur du décret publié aujourd’hui après un parcours des plus chaotiques. Institué en 2015 à la veille de l’accord de Paris sur le climat, ce document de planification de la politique énergétique de la France pour deux périodes quinquennales, et qui doit être révisé tous les cinq ans, fixe pour toutes les filières des objectifs de production en cohérence avec les objectifs nationaux de réduction des émissions de CO2.
Dans la précédente PPE d’avril 2020, le programme de construction de six nouveaux EPR et de mise à l’étude de huit autres n’était encore officiellement qu’un projet. Il est cette fois acté, en tout cas sur ce papier. Le gouvernement espère une décision d’investissement à la fin de l’année.
S’il n’est pas évident que l’exécutif puisse lancer un programme aussi énorme et aussi engageant à long terme sur une simple base réglementaire, sans l’aval du Parlement, il est en revanche certain qu’il ne pourra pas le faire sans le feu vert de Bruxelles. En effet, sa mise en œuvre requiert l’apport d’une aide d’Etat énorme. La France a présenté en novembre une demande d’autorisation à la Commission européenne, qui doit à présent décider si aider une entreprise à hauteur d’une cinquantaine de milliards d’euros est conforme aux règles de concurrence de l’Union.
Arbitrages en faveur du nucléaire
Attendue, l’inscription de ce programme industriel dans la PPE3 n’est pas une surprise. Toutefois, les premiers EPR2, si tout se passe comme EDF et son actionnaire le souhaitent, ne produiront pas avant 2038-2040, au-delà de l’horizon de la PPE. Le véritable élément nouveau de ce texte touche au sujet immédiat des relations entre le nucléaire actuel (le parc des réacteurs en service) et des énergies renouvelables, et plus précisément le photovoltaïque et l’éolien.
Si ce texte est sorti avec plus de deux ans de retard sur le calendrier, c’est bien sûr en raison de la position devenue fragile du gouvernement et de l’offensive des droites contre ces énergies renouvelables dites intermittentes. Une guerre idéologique et politicienne appuyée par un travail de désinformation et des relais d’opinion efficaces.
L'agriculture au pied du mur
Car il a été largement démontré qu’aucune trajectoire visant le « zéro émissions nettes » en 2050, même très nucléarisée, même jouant au maximum la carte de la sobriété, ne peut faire l’économie d’un déploiement très important de ces renouvelables. C’est par exemple la conclusion du rapport de RTE présenté en 2021, pourtant très favorable au nucléaire.
Par rapport aux versions mises en consultation, la PPE3 réduit l’ambition sur les renouvelables et assigne au nucléaire des objectifs de production plus élevés
Par rapport aux versions mises en consultation, la PPE3 réduit l’ambition sur les renouvelables et assigne au nucléaire des objectifs de production plus élevés
Mais différer plus longtemps encore la publication de la nouvelle PPE pour échapper à la censure, c’était mettre à genoux les filières éolienne et photovoltaïque en les privant de perspective et provoquer une crise majeure dans un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes. A cet égard, le Premier ministre a fait preuve d’un courage et d’un sens des responsabilités que n’ont pas eu ses prédécesseurs.
Pour faire passer la pilule, Sébastien Lecornu a également procédé à des arbitrages. Par rapport aux versions mises en consultation en novembre 2024 et en mars 2025, la version finale de la PPE3 réduit l’ambition sur les énergies renouvelables et assigne au nucléaire des objectifs de production plus élevés.
PPE3 : recul sur les renouvelables, poussée sur le nucléaire en service
L’objectif nucléaire passe ainsi d’une fourchette de production à partir de 2030 de 360-400 térawattheures (TWh) à 380-420 TWh, à comparer à une production de 320 TWh en 2023. Ce saut – encore plus important que dans les projets de PPE présentés en 2024 et en 2025 – suppose toutefois qu’EDF parvienne à maîtriser, encore mieux, les problèmes liés au vieillissement de son parc. Cela n’a rien d’évident.
Recul sur les renouvelables
Inversement, pour les renouvelables, les objectifs ont été fortement revus à la baisse. A l’échéance 2035, l’éolien marin passe de 71 TWh (version mars 2025) à 59 TWh. Pour l’éolien terrestre, la fourchette de 91 à 103 TWh précédemment envisagée tombe à 80-91 TWh. Le photovoltaïque recule de 92-110 TWh à 67-98 TWh.
Les syndicats des énergies renouvelables, qui ont vu passer de près le boulet, sauvent les meubles. Ils ont applaudi à la nouvelle PPE et demandent surtout qu’elle soit appliquée. « Une avancée majeure qui doit produire des effets sur le terrain », titre le communiqué du Syndicat des énergies renouvelables. De son côté, France renouvelables « salue […] un cadre enfin établi, appelant tout de même à une vigilance pour le développement des énergies renouvelables ».
C’est le moins qu’on puisse dire. Car cette nouvelle PPE, plus nucléaire et moins « ENR » (énergies renouvelables) n’a aucune raison de calmer les oppositions. Alors que les « anti » veulent un moratoire, la PPE inscrit toujours une progression des renouvelables : une production multipliée par sept à 2030 et par 30 à 2035 pour l’éolien en mer, par respectivement 1,4 et 1,7 pour l’éolien terrestre, par 2,6 et 3,6 pour le photovoltaïque. Pour eux, la hache de guerre est déterrée et le Rassemblement national agite la motion de censure.
Objectifs difficilement atteignables
Mais ce n’est peut-être pas le seul problème auquel est confrontée cette PPE3. Ni même le plus important. Et les syndicats des renouvelables et EDF ont salué, pour des raisons diamétralement opposées, cette nouvelle PPE. Elle traduit de fait un compromis entre les intérêts des uns et des autres où tous ont finalement gagné des perspectives d’accroissement conséquent de leur production.
Ce texte de compromis est encore plus divergent par rapport au monde réel que les versions précédentes
Ce texte de compromis est encore plus divergent par rapport au monde réel que les versions précédentes
Une accélération de la production d’électricité en rupture forte avec la tendance de la demande
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D’une part la consommation d’électricité, environ 450 TWh par an actuellement, stagne voire décline lentement depuis une quinzaine d’années, comme l’indique le dernier bilan de RTE. D’autre part, et surtout, la politique publique – budgétaire notamment – menée actuellement ne paraît pas à même d’enclencher une électrification rapide des usages et donc une envolée de la demande d’électricité au rythme imaginé dans la PPE3.
Au regard de ces réalités, il y a de bonnes raisons de craindre que les objectifs de la PPE3 ne se concrétisent pas. Ce qui ne serait pas une nouveauté. Les cibles de la précédente version n’ont pas été atteintes s’agissant de l’éolien et du photovoltaïque.
De la PPE2 à la PPE3 : objectifs non tenus et ambitions à la baisse
Heureusement pour l’exécutif, la PPE n’est pas un document juridiquement contraignant. Et il sera toujours possible lors de sa prochaine édition, dans cinq ans, de revoir à la baisse les objectifs de production d’électricité décarbonée.
1. Pour mémoire, le site était alors la propriété de Général Electric, cédé par le Français Alstom aux Américains avec l’appui du jeune ministre de l’économie de François Hollande, Emmanuel Macron. Avant son rachat par EDF dans le cadre de son programme de construction de nouveaux réacteurs