Investir pour la bifurcation écologique ne suffira pas : encadrons le crédi...

Ce texte fait suite à une précédente note des mêmes auteurs, publiée dans ce blog le 16 avril 2025 : Pour un nouveau pôle public bancaire : libérons-nous des marchés financiers pour financer la bifurcation écologique.

L’urgence d’investir dans la bifurcation écologique de nos économies fait désormais l’objet d’un large consensus scientifique. Reste une question essentielle : comment financer dans la durée ces investissements à grande échelle ? Les modalités concrètes d’allocation de ces financements sont au cœur du débat public - et pourtant, certaines options restent trop peu discutées.

Plusieurs options complémentaires sont sur la table. Une part importante de l’effort financier devra être portée par les pouvoirs publics, en particulier pour les infrastructures collectives, les réseaux d’énergie, de transport, d’eau ou de communication[1]. Mais le secteur privé devra également être mobilisé, à condition d’être orienté vers les priorités écologiques et sociales : la question est donc politique autant que technique.

En clair, au-delà du financement requis pour les investissements nécessaires à une transition juste, il apparaît également impératif de mettre fin aux investissements dans les énergies fossiles ou ceux dégradant la biodiversité. Faire cela implique de s’interroger sur les mécanismes concrets d’allocation du crédit et sur les conditions dans lesquelles l’économie est aujourd’hui financée.

Cette note se structure en quatre temps : nous commençons par revenir sur les logiques actuelles de création monétaire et la manière dont elles imposent une contrainte de rentabilité à l’ensemble du financement. Nous montrons ensuite en quoi la crise écologique impose une contrainte de soutenabilité, trop souvent ignorée. Nous développons alors la proposition d’un encadrement écologique du crédit pour piloter cette double contrainte, avant d’en esquisser les implications concrètes en termes d’institutions, de gouvernance et de fonctionnement.

1. La création monétaire aujourd’hui

Nous vivons aujourd’hui dans ce que l’on appelle des “économies monétaires de production”. Dans ces économies, la monnaie est créée au travers des opérations de financement réalisées par le secteur bancaire. Concrètement, si une entreprise désire investir pour maintenir ou augmenter ses capacités de production et qu’elle n’a pas accès - ou ne souhaite pas avoir recours aux marchés financiers, elle se tourne vers une banque pour obtenir un crédit. Si l’entreprise est jugée solvable, la banque lui accordera le crédit demandé. Dans ce processus, la banque crée de nouvelles unités monétaires qu’elle met à disposition de l’entreprise en créditant son compte.

La monnaie est donc une avance sur ce qui sera produit, et elle sera détruite lors du remboursement du crédit[2]. On dit alors que la création monétaire est endogène, c’est-à-dire déterminée par la demande et tirée par le crédit. Dans un tel système, la création monétaire se fait sous contrainte de solvabilité des emprunteurs et donc, par extension, sous contrainte de rentabilité. Pour qu’un projet d’investissement soit jugé solvable, il faut qu’il ait une rentabilité anticipée non négative et même, de préférence, strictement positive.

Les banques sont ainsi au cœur du développement de........

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