La planification des filières marines de transition : la parole aux communa...

Les grandes initiatives internationales à l’instar de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan tenue à Nice en juin 2025, posent des objectifs très ambitieux en matière de planification marine avec deux tendances marquées et problématiques. D’une part elles mettent l’accent sur la conservation des océans (avec l’objectif de 30% d’aires protégées suite à la COP15 de 2022 et au Traité sur la haute mer) sans que n’ait été résolue la tendance de dispositifs de conservation à exclure les communautés de leurs territoires en rendant juridiquement inhabitable ces derniers. D’autre part, l’engouement pour des filières marines dites « de transition » interroge, car, tout en exerçant une pression croissante sur les milieux, ces activités demeurent ambiguës sur leurs finalités entre quête légitime de substituts décarbonés aux énergies fossiles ou ruée vers de nouveaux gisements (sous)marins à exploiter.

À la croisée de ces enjeux, que peut la recherche académique pour favoriser une approche innovante, légitime et efficace de la planification des filières marines de transition ?

L’État et la planification en mer : Sinking Like a State ?

Pour reprendre le propos de l’anthropologue britannique James C. Scott dans Seeing Like a State (1998), les initiatives de planification des États ont en commun de réduire la complexité du monde pour le rendre lisible (à leurs yeux), l’aménager et le contrôler. La planification comme exercice de domination (sur un territoire, des écosystèmes et des populations) implique de (ré)ordonner et discipliner les usages, bien souvent pour assurer la mise en exploitation des ressources. Les espaces marins et côtiers ne font pas exception. Ils sont des objets historiques de planification, comme en témoigne le vieil exercice de cadastrage français que constitue le schéma départemental des structures, les efforts tous azimuts des États pour aménager leur zone économique exclusive ou le Marine Spatial Planning popularisée dans les années 2010 au niveau national et international comme nouvel instrument holistique de zonage. Contrairement à ces approches praticiennes, nous adoptons une définition de la planification comme une activité ou un processus politique de production du sens et de l’ordre social.

L’histoire ne manque pas d’exemples montrant que, malgré des outils de planification et de gestion des ressources marines perfectionnés, les États naviguent parfois à vue. En prenant appui sur le cas du Canada, on mentionnera que, dans les années 1990, les outils de gestion gouvernementaux défaillants sont incapables de prévoir l’effondrement des stocks halieutiques surexploités de poissons de fond dans le golfe du Saint-Laurent : événement à l’origine d’une crise des pêches sans précédent. Quelques années plus tard, les revendications de justice distributive des Premiers Peuples pour la reconnaissance des droits ancestraux d’usage........

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