Pratiquer la sociologie en temps de guerre |
La pratique des sondages d’opinion n’a jamais cessé en Ukraine, en paix comme en guerre. Ceux-ci sont aujourd’hui plus précieux que jamais, même s’ils réclament de plus en plus de doigté pour la formulation des questions ou les interprétations à tirer des résultats. De récents sondages n’hésitent pas à interroger la population sur la perception de son avenir : voyez-vous le futur de votre pays comme un membre prospère de l’Union européenne ou comme un État ruiné ? Tout est dans la pondération…
Pour aborder la question sensible de possibles concessions territoriales, l’Institut de sociologie de Kyiv[1] a dû avoir recours à plusieurs formulations tenant compte des résultats d’une enquête précédente qui montrait une société très sensible à la notion de « souveraineté » de l’État[2]. Pour ses derniers sondages (oct. 2025), l’Institut a donc opté pour une série de formulations différentes, utilisées de façon aléatoire. Si l'on interroge, par exemple, la population sur la reconnaissance officielle de certains territoires comme faisant partie de la Russie, la grande majorité (67 %) s'y oppose. En revanche, 35 % se diront favorables à un gel de la ligne de front s’il n’y a pas d’officialisation.
Au vu de ses propres analyses, le sociologue Konstantin Maleev[3] confirme qu’un gel........