Rien n’est jamais acquis lorsque l’on parle d’avancées sociales. Les récents rétropédalages de plusieurs États américains sur la question de l’avortement en sont la preuve.

De même, dans nos contrées, certains acquis semblent parfois chancelants. En l’occurrence, un courant conservateur défendu par les membres de l’Association Initiative de protection vise à affaiblir les cours, pourtant ô combien nécessaires, d’éducation sexuelle à l’école obligatoire.

Plus précisément, ce mouvement bien implanté outre-Sarine et qui possède également quelques relais politiques en Romandie milite pour des cours centrés uniquement sur l’aspect biologique de la sexualité. Ces cours devraient de surcroît, selon l’association, être dispensés par les enseignantes et enseignants et non par des personnes formées dans le domaine de la santé sexuelle, en droite filiation de ce qui était demandé par l’initiative fédérale «contre la sexualisation à l’école maternelle et à l’école primaire» déposée en 2013.

«La Suisse alémanique opte globalement pour des cours qui incombent au corps enseignant alors que la Romandie a fait le choix d’interventions externes.»

À cet égard, relevons qu’il n’y a en Suisse pas d’uniformité des pratiques. Chaque canton décide librement, dans un esprit fédéraliste, de la façon dont l’éducation sexuelle doit être abordée à l’école. Deux grandes tendances se dégagent: la Suisse alémanique opte globalement pour des cours qui incombent au corps enseignant alors que la Romandie a fait le choix d’interventions externes.

Dans les écoles vaudoises par exemple, ce sont les spécialistes de la fondation PROFA qui interviennent auprès des élèves. Les interventions de la fondation, reconnue d’utilité publique, permettent aux écolières et écoliers de recevoir une information objective et scientifiquement fondée sur les différents aspects de la sexualité.

Il s’agit là de la forme d’intervention à privilégier, tant il peut parfois être délicat ou gênant pour un ou une jeune d’aborder ces problématiques avec ses parents.

À contre-courant de cette démarche experte et scientifique, l’approche de l’Association Initiative de protection revêt vraisemblablement un caractère idéologique et propagandiste. Il s’agit pour elle, si l’on se réfère à ce qui figure sur son site internet, de promouvoir une sexualité qui se focalise «sur une relation réussie entre un homme et une femme».

Comprenons ainsi que toutes les autres formes de sexualité ou orientations seraient bannies de l’enseignement, en décalage complet avec la réalité vécue par une part importante de la population. Il y a donc là un risque sérieux pour la santé sexuelle des jeunes en âge scolaire.

Dès lors, il apparaît bien plus pertinent, à l’instar de ce que demandent la Jeunesse socialiste lucernoise ou encore Santé sexuelle suisse, d’harmoniser les pratiques entre cantons. De cette façon, les inégalités en matière de formation diminueraient, dans l’intérêt de toutes et tous.

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QOSHE - De la nécessité des cours d’éducation sexuelle - Yannick Maury
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De la nécessité des cours d’éducation sexuelle

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28.11.2022

Rien n’est jamais acquis lorsque l’on parle d’avancées sociales. Les récents rétropédalages de plusieurs États américains sur la question de l’avortement en sont la preuve.

De même, dans nos contrées, certains acquis semblent parfois chancelants. En l’occurrence, un courant conservateur défendu par les membres de l’Association Initiative de protection vise à affaiblir les cours, pourtant ô combien nécessaires, d’éducation sexuelle à l’école obligatoire.

Plus précisément, ce mouvement bien implanté outre-Sarine et qui possède également quelques relais politiques en Romandie milite pour des cours centrés uniquement sur l’aspect biologique de la sexualité. Ces cours devraient de surcroît, selon l’association, être dispensés par les enseignantes et........

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