Voilà douze ans qu’on bouffe et nourrit cette procession de vilenies, ce cortège de couleuvres dans le désert de nos illusions. Voici des mois qu’on ressasse polémiques et scandales, souvent à juste titre, jusqu’à l’écœurement. Et puis le cœur ne ment plus, tout d’un coup. Embrasé par la flamme, embrassé par la passion, il bat la chamade à tout rompre – sauf l’éternelle idylle.

La vache, que vous vaut ce laïus? L’Argentine-Mexique de samedi soir. Pas tant la partie, assez quelconque. Mais le décorum, le public surtout, est venu rappeler pourquoi l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano avait raison: «Le football est la chose la plus importante parmi les choses sans importance.»

Le ballon, vous pouvez le rouler dans la boue, essayer de le crever pour de bon ou le botter très loin en touche. Rien à faire, il revient et sa magie avec: quand autant de gens se réunissent pour communier autour de lui avec une telle ferveur, l’autre opium du peuple enivre à merci. Oui, merci à ces dizaines de milliers de muchachas et de muchachos qui, en bleu ciel et blanc ou en vert, ont transformé le stade Lusail en flamboyante cathédrale, un match moyen en grand-messe.

Un stade, c’est comme une église: on a le droit de ne pas y aller. Mais quand on y va et que la foi s’avère aussi belle et pure, il faut la respecter. L’instant de grâce a su nous faire oublier tout ce que cette Coupe du monde au Qatar revêt de mal ou d’absurde, à l’image d’un coucher de soleil sur nos magnificences alpines qui viendrait éclipser les ignominies sous-jacentes du secret bancaire.

Quelle atmosphère sublime, quel coup de balai au cul des sceptiques et des mécréants, quel fol amour – c’est grave, docteur? Non, c’est beau. Parce que c’est l’essence, l’encens devrait-on dire, d’un jeu qui cristallise aussi ce qu’il peut y avoir de meilleur aux quatre coins du globe. Toutes ces âmes en chœur à des milliers de kilomètres de chez elles, sans compter les millions d’autres restées à la maison, c’était merveilleux. À défaut d’unisson – tout le monde ne chantait pas juste –, quels frissons!

Sur les 88’966 spectateurs présents, il y avait 40’000 Argentins à vue de nez et 30’000 Mexicains à jauge d’oreilles. On ne les a pas tous croisés. Mais pour incarner cet incroyable maelström de vibrante humanité, on retiendra deux visages. Celui de cet octogénaire à sombrero, si heureux d’être là dans son fauteuil roulant; et celui de ce gamin de peut-être 4 ans, qui dormait sur le sein de sa mère après le match, intouchable dans son maillot de Messi.

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QOSHE - Le football, leur fol amour - Simon Meier
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Le football, leur fol amour

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27.11.2022

Voilà douze ans qu’on bouffe et nourrit cette procession de vilenies, ce cortège de couleuvres dans le désert de nos illusions. Voici des mois qu’on ressasse polémiques et scandales, souvent à juste titre, jusqu’à l’écœurement. Et puis le cœur ne ment plus, tout d’un coup. Embrasé par la flamme, embrassé par la passion, il bat la chamade à tout rompre – sauf l’éternelle idylle.

La vache, que vous vaut ce laïus? L’Argentine-Mexique de samedi soir. Pas tant la partie, assez quelconque. Mais le décorum, le public surtout, est venu rappeler pourquoi l’écrivain uruguayen Eduardo Galeano avait raison: «Le football est la chose la plus........

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