Quel remarquable animal, disent certains (dont nous sommes): «Le loup est un bel animal, athlète hors pair et père sans pareil. Il est capable de parcourir le Pays de Vaud en une nuit, de grimper à grande allure les pentes alpines et de disparaître dans les fourrés. Dans sa famille, que d’aucuns appellent meute, le couple élève ses petits, les nourrit et leur apprend comment chasser. Ils s’occupent même de leurs ados, que d’aucuns appellent subadultes.»

Quel méchant animal, disent d’autres: «Le loup n’est pas à un mauvais coup près, il rôde près des fermes et s’attaque à plus petit que lui. Il est sanguinaire et tue sans respecter les dernières technologies de l’abattage sans douleur (ou presque).»

«La finalité est une coexistence équilibrée entre faune sauvage et activités humaines.»

Alors que faire? D’abord, de quoi parlons-nous? Dans le canton de Vaud, une vingtaine de loups, une soixantaine d’animaux victimes d’attaques et une dizaine de blessés, une douleur des éleveurs bien compréhensible, et une prédation sauvage de deux pour mille sur les animaux de rente pas toujours surveillés comme il faudrait en montagne.

On peut supposer que les uns et les autres feront preuve de bonne foi et qu’on évitera d’en arriver à ce qu’un dommage n’ait plus à être particulièrement important, ni même avéré, pour tuer les loups. Des mesures de protection des troupeaux, dont l’efficacité est prouvée, peuvent être mises en œuvre.

Tout propriétaire de bétail peut s’engager à protéger ses troupeaux plutôt que d’exiger la destruction des loups. Mais il faut reconnaître que l’on voit de tout sur les alpages! Il n’est pas toujours facile de trouver et de recruter des bergers prêts à courir d’un coin à l’autre des pâturages. En revanche, il est possible de trouver des personnes qui acceptent de passer bénévolement la nuit sur les alpages pour protéger le bétail.

Les organisations de protection de la nature ont convenu d’une table ronde avec les principales associations suisses de l’agriculture, de la sylviculture et de la chasse pour élaborer un compromis. Ce compromis devrait affirmer que le loup est un animal de la faune européenne, qu’il est avantageux pour nos forêts, que les dégâts aux animaux en estive doivent être couverts par des subventions publiques, que les moyens doivent être donnés aux bergers pour limiter autant que possible ces dommages, et enfin que le tir est autorisé dans certaines circonstances particulières pour prévenir les dégâts intolérables.

Et maintenant? Laissons les passions retomber et trouvons un compromis dessiné. Traduisons-le enfin dans une loi sur la faune moderne guidée par des considérations biologiques plutôt que cynégétiques. Le tir sans dégât avéré serait une option contreproductive. Éradiquer une nouvelle fois le loup n’est pas une finalité. La finalité est une coexistence équilibrée entre faune sauvage et activités humaines.

Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.

QOSHE - Loup, y es-tu? Sortons de la comptine devenue roman noir - Pascal Jacot-Guillarmod
We use cookies to provide some features and experiences in QOSHE

More information  .  Close
Aa Aa Aa
- A +

Loup, y es-tu? Sortons de la comptine devenue roman noir

8 1 0
28.11.2022

Quel remarquable animal, disent certains (dont nous sommes): «Le loup est un bel animal, athlète hors pair et père sans pareil. Il est capable de parcourir le Pays de Vaud en une nuit, de grimper à grande allure les pentes alpines et de disparaître dans les fourrés. Dans sa famille, que d’aucuns appellent meute, le couple élève ses petits, les nourrit et leur apprend comment chasser. Ils s’occupent même de leurs ados, que d’aucuns appellent subadultes.»

Quel méchant animal, disent d’autres: «Le loup n’est pas à un mauvais coup près, il rôde près des fermes et s’attaque à plus petit que lui. Il est sanguinaire et tue sans respecter les dernières technologies de l’abattage sans douleur (ou presque).»

«La finalité est une coexistence........

© 24 heures


Get it on Google Play