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Y a trop de gens qui lisent tes mails (et tu ne le vois pas)

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12.07.2018

Temps de lecture: 11 min

Il y a un an, Google annonçait l’arrêt de l’analyse automatique du contenu de nos messages Gmail à des fins de publicité ciblée. Une décision généralement présentée comme une victoire pour la vie privée en ligne.

Puis nous avons appris (non sans une certaine surprise) que Google permettait en réalité à certaines personnes de lire nos messages Gmail. Lundi 2 juillet, le Wall Street Journal a publié un reportage intitulé «Le secret gênant du monde de la tech: les développeurs d’application passent votre Gmail au peigne fin». Le papier explique comment de nombreuses entreprises tierces sont parvenues à scanner la boîte de réception d’utilisateurs avec leur accord –permettant même parfois à leurs employés de lire les mails.

Google has stopped scanning the inboxes of Gmail users to personalize ads. But it still lets outside software developers look inside https://t.co/YyEnByKClY

Contrairement aux apparences, Google n’est pas en train de replonger dans ses pratiques intrusives. Il faut simplement y voir les retombées du scandale Facebook-Cambridge Analytica: les médias et l’opinion publique redoublent de vigilance, et réévaluent leurs relations avec les géants de l’internet mondial. C’est une excellente chose.

Pendant plus de dix ans, Google a utilisé des logiciels pour «lire» les messages Gmail de ses utilisateurs et ce, dans le but de leur montrer des publicités liées à leurs communications personnelles. Google a juré que ses employés ne lisaient pas –littéralement– les mails, mais la pratique fut néanmoins jugée intrusive et malsaine par beaucoup. Les détracteurs et les rivaux de Google y ont vu un exemple prouvant que le modèle commercial de l’entreprise reposait, au fond, sur la violation de la vie privée de ses utilisateurs.

Puis tout a changé en juin 2017. La version payante de Gmail, comprise dans sa G Suite (suite bureautique dans le cloud destinées aux entreprises), était alors en plein essor –sans aucune analyse des emails, et sans publicité ciblée. Google décida d’alimenter cette croissance et tenta pour ce faire de consolider sa réputation en matière de vie privée (en rendant la version gratuite de Gmail moins intrusive). L'entreprise a affirmé que ses ordinateurs cesseraient de scanner les messages des utilisateurs à des fins de publicités ciblées.

À LIRE AUSSI Le scandale, ce n’est pas Cambridge Analytica: c’est le modèle économique de Facebook

Mais il a continué à analyser les mails pour d’autres raisons: détection de spams et de malwares, personnalisation des résultats de recherche, suggestions de «réponses intelligentes» aux mails… En mai dernier, suite au fiasco Facebook-Cambridge Analytica, NBC News a révélé les nombreuses manières dont Google continuait de recueillir les données personnelles des utilisateurs, y compris via leurs emails.

Dans un article plus récent, le Wall Street Journal a mis en lumière une autre forme de collecte de données, peut-être encore plus inquiétante que celle révélée par NBC.

Dans certains cas, la permission permettrait au développeur d’accorder un accès accru à d’obscures tierces parties.

L’enquête montre que le géant numérique continue d’autoriser des centaines de développeurs de logiciels à analyser les boîtes mail de millions d’utilisateurs Gmail (à condition de recevoir leur autorisation au préalable). Ces derniers se sont inscrits à des services par mail: comparateurs de prix, calcul automatique d’itinéraire de voyage et autres outils. Google se montre peu enclin à rappeler à l’ordre ces développeurs, qui apprennent à leurs ordinateurs –et parfois à leurs employés– à lire les emails des utilisateurs.

Google oblige ces développeurs d’application à informer les utilisateurs quant au type de données qui seront recueillies, et les utilisateurs doivent donner leur accord avant d’utiliser les applications en question. Il faut reconnaître que les pop-ups d’avertissement sont claires, simples et........

© Slate