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Comme Bérengère Krief dans «L'École est finie», ces jeunes profs ont atterri dans l'inconnu

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12.07.2018

Temps de lecture: 11 min

Comme Agathe Langlois dans le film L'École est finie sorti le 11 juillet, de jeunes profs sont chaque année victimes d'un système de mutations dans lequel tout le monde se sert avant de leur laisser les miettes. Celui-ci se déroule en deux phases: l'inter-académique, dans laquelle les candidats et candidates doivent lister leurs académies par ordre de préférence, puis l'intra-académique, au cours de laquelle il leur faut là aussi composer une liste de vœux.

Composée de vingt vœux au maximum, cette liste pouvant sembler fourre-tout peut comporter des noms d'établissements, des villes, des zones géographiques, des types d'établissements. Tout dépend de votre degré d'exigence (qui peut se retourner contre vous). Chaque prof se voit en effet attribuer un barême correspondant notamment à son expérience et sa situation familiale.

Après une année de stage ne se déroulant pas forcément dans l'établissement de leurs rêves, les enseignants et enseignantes n'ont pas le choix: on leur impose de formuler des vœux (on dit «participer au mouvement») afin de déterminer la localisation du collège ou du lycée qui accueillera leurs premiers pas de titulaires. «C'est la première difficulté», dit Redouane, qui enseigne les maths. «J'ai passé une super année de stage, avec des collègues qui m'ont beaucoup appris et beaucoup soutenu... J'aurais adoré rester à leurs côtés quelques années supplémentaires.»

Ce n'est hélas pas ce que prévoit le fonctionnement actuel. Les postes réservés aux stagiaires doivent être libérés pour les stagiaires de l'année suivante. Quant aux autres, ils sont remis à disposition de l'ensemble des profs souhaitant demander leur mutation.

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Certaines académies sont très demandées. Il est par exemple très difficile de rester à Paris intra muros, où les postes sont à la fois très rares et très recherchés. Les académies de Créteil et de Versailles, qui entourent la capitale, font souvent peur. «On entend tellement d'histoires à propos de certains collèges! J'ai flippé», explique Ludivine, prof de lettres modernes. «J'ai demandé Paris en premier vœu. Ensuite, plutôt que de choisir Versailles ou Créteil, j'ai choisi l'académie d'Amiens en vœu numéro 2. Ça me semblait un bon calcul. Après tout, Compiègne ou Amiens, ça n'était pas si loin en train. Pas plus que certaines villes franciliennes accessibles en quarante-cinq minutes de RER.»

De façon très prévisible, Ludivine n'obtient pas l'académie de Paris, mais celle d'Amiens, peu demandée. La phase intra-académique peut commencer. «J'ai formulé ce qu'on appelle des vœux géographiques. D'abord les grandes villes du secteur: Amiens, Compiègne, Chantilly... Ensuite, j'ai ajouté d'autres vœux, en fonction de l'accessibilité des villes en train.»

«Quand j'ai découvert le nom du collège où j'avais été mutée et surtout son emplacement géographique, j'ai eu envie de démissionner.»

Picard d'origine, mais habitant à Paris au même moment de sa carrière, l'auteur de ces lignes a raisonné exactement de la même façon. Mais parce que tout varie selon les années et les disciplines, j'ai obtenu exactement ce que je souhaitais (un poste de titulaire dans un collège de Compiègne, à quarante-cinq minutes de la gare du Nord), alors que Ludivine pas du tout. «Rétrospectivement, j'ai un peu honte, mais quand j'ai découvert le nom du collège où j'avais été mutée et surtout son emplacement géographique, j'ai eu envie de démissionner. Ce concours que j'avais tellement convoité, je n'en voulais plus. Ma vie c'était Paris, le théâtre, les expos. Je ne pouvais pas tirer un trait sur tout ça au nom d'un pseudo sacerdoce.»

Il y a bien une gare dans la petite ville picarde où se trouve le collège de Ludivine, mais il est........

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