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Cap à l'Ouest pour la piraterie

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16.01.2019

La zone du golfe de Guinée s’étend sur plus de deux millions de kilomètres carrés, et concerne dix-sept États, de la Mauritanie à l’Angola, soit 6 000 kilomètres de côtes. Elle voit passer un trafic de 140 millions de tonnes (hors pétrole), 4 000 bateaux transitant chaque jour dans ces eaux, soit environ un quart de l’ensemble du trafic maritime autour du continent africain.

S’y s’ajoutent l’exploration ou l’exploitation de gisements d’hydrocarbures offshore, de la Mauritanie jusqu’en Angola, qui représentent la moitié de toute la production africaine, un dixième de la production mondiale, et des réserves de 100 milliards de barils (1) ; et l’exploitation de zones très poissonneuses, grâce à l’extension du « plateau continental » et au phénomène « d’upwelling » (2), même si les ressources halieutiques diminuent dans les zones proches des côtes, en raison d’une pêche excessive.

Lire aussi Kyle G. Brown, « L’Afrique dépouillée de ses poissons », Le Monde diplomatique, mai 2018. Un environnement qui favorise l’essor de la pêche illicite, de la piraterie, et la multiplication des trafics — y compris d’êtres humains. « Des enjeux inextricables », juge le contre-amiral Momar Diagne, chef d’état-major de la marine sénégalaise, pour qui ces menaces se nourrissent les unes les autres (3) Ce marin y ajoute les risques de pollution maritime, dus aux accidents ou actes illégaux, et l’avancée de l’océan du fait du réchauffement climatique — le tout à une échelle transnationale, et avec en arrière-plan la menace que fait planer depuis plusieurs années sur l’Afrique de l’Ouest et du Nord un terrorisme politico-religieux plutôt centré, en principe, sur les confins sahariens, mais qui peut avoir des débouchés maritimes (4)

Serge Rinkl, un expert policier européen des questions de frontières auprès de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), nommé récemment responsable pour la piraterie maritime dans le golfe de Guinée, estime que les enlèvements se sont multipliés à la suite d’une entente entre compagnies d’assurances pour ne plus avoir à payer de rançon supérieure à 50 000 euros par tête ( alors que jusqu’à 200 000 ou 300 000 euros étaient réclamés jusqu’en 2017). Parmi les preneurs d’otages, il y a, selon lui, d’ex-capitaines de marine, des membres d’organisation armées de la région du Delta (Nigeria), des interconnexions avec le crime (trafics de drogues, d’armes, d’enfants). Selon un autre expert, les pirates en mer, seuls visibles, sont du « menu fretin » : les « têtes pensantes » sont à terre, et « à la limite, intouchables ».

Les dommages sont difficiles à évaluer : on évoque le chiffre de 3 milliards d’euros de manque à gagner, et notamment une perte moyenne de 40 000 barils de pétrole par jour depuis cinq ans, suite à des actes illicites en mer. En outre, 3 000 tonnes de produits pétroliers polluent chaque année la zone maritime concernée. Un........

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