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Ce qu’on ne vous dit jamais sur les réalités d’une expulsion

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13.01.2019

Quand l'avis d'expulsion est arrivé au courrier, nous n'en avons pas tenu compte.

C'était la première fois que j'en voyais un, et j'ai demandé à mon père ce que cela voulait dire. Nous en recevions depuis des années, m'a-t-il répondu. Il m'a montré la pile qu'il conservait dans sa chambre: de multiples lettres lui donnant 90 jours pour quitter les lieux, reçues à plusieurs mois ou plusieurs années d'intervalle. Il me les avait cachées pour m'éviter de m'inquiéter.

Il m'a expliqué la situation: notre propriétaire, ayant hérité de son père d'un bien qu'il n'avait jamais vraiment voulu, avait cessé depuis des années non seulement de s'occuper de tous les travaux d'entretien, mais aussi de prélever le loyer. Il ne payait plus non plus les mensualités du prêt, probablement parce qu'il n'en avait pas les moyens. Lorsqu'il avait aussi arrêté de s'acquitter des charges, mon père avait directement pris le relais, nous permettant au moins de continuer à profiter du gaz et de l'électricité. Dans l'appartement situé au-dessus du nôtre, il y avait une fuite qui s'infiltrait parfois à travers le plafond de la salle de bains. Et quand la chaudière du sous-sol avait rendu l'âme, ç'avait été à mon père de trouver quelqu'un pour la réparer.

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Depuis le décès de ma mère, en 2004, nous habitions ce trois-pièces situé dans un immeuble collectif où vivaient aussi trois autres familles. Si je n'y avais pas passé mon enfance, il restait le premier foyer que j'avais connu après sa mort. C'était là que mon père m'avait fait la lecture, reprenant un rituel partagé avec elle; là que je lui avais présenté ma première petite amie; là encore que, future étudiante, j'avais ouvert mes lettres d'acceptation.

Mon père, handicapé, travaillait de nuit comme chauffeur de taxi. À 21 ans, j'étais dans ma dernière année d'université et n'avais pas encore de travail en vue pour la suite. À nous deux, nous cumulions moins de 500 dollars de revenus [moins de 450 euros, N.D.T.]. Pas de plan d'épargne retraite, pas d'économies dans lesquelles puiser en cas d'urgence. Rien qu'une Buick Century de 1998 qui, avec ses 250.000 km au compteur, ne nous aurait rien rapporté à la vente.

Je n'étais pas totalement convaincue quand mon père m'affirmait que tout irait bien, mais j'ai moi aussi choisi d'ignorer ce courrier. Je n'avais de toute façon pas les moyens d'y faire quoi que ce soit. Même une fois mon premier emploi trouvé, deux semaines seulement après la remise de mon diplôme, je gagnais à peine plus que le salaire minimum. J'ai mis autant d'argent de côté que possible, même en aidant mon père tous les mois pour les factures et les dépenses quotidiennes. J'étais terrifiée à l'idée qu'on puisse nous mettre à la porte à tout instant, mais je ne savais vers où me tourner.

Et........

© Le Huffington Post