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Le travail au noir casse le mythe du modèle social français

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22.01.2019

« Chez nous, l'éducation, la santé, la sécurité, la justice sont accessibles à tous indépendamment de la situation et de la fortune. Les difficultés de la vie, comme le chômage, peuvent être surmontées, grâce à l'effort partagé par tous. »

Les mots du Président Macron, mis en ligne dimanche soir via sa « lettre aux Français » semblent bien loin de la réalité.

Aujourd'hui en France, près de sept millions de personnes sont d'une façon ou d'une autre à l'écart des protections statutaires liées à l'emploi (droits au chômage, à la retraite, à la formation continue), transformant en leurre l'universalité du système français de protection sociale.

Parmi ces personnes, 1,6 million souhaitent travailler davantage : ce sont plus souvent des femmes, des jeunes et des employés non qualifiés. Les dernières données de l'Insee recensent également 1,6 million d'inactifs, constituant le « halo autour du chômage » (un phénomène qui a augmenté continûment de 2008 à 2017 et qui touche massivement les DOM).

On compte par ailleurs, 3,4 millions d'emplois précaires en 2015, après une augmentation massive dans les années 1990 et, malgré les efforts déployés par les agences gouvernementales, les protections liées à l'emploi y sont inexistantes.

Enfin, les politiques relativement généreuses en direction des chômeurs de courte durée, des malades de longue durée, des « exclus » (minima sociaux) et des personnes handicapées (prestations sociales et lutte contre la discrimination) s'effectuent dans un climat de suspicion qui explique pour une part l'accroissement du « non recours » aux prestations sociales, une autre part étant liée à l'inaccessibilité de l'information. Aujourd'hui un tiers des bénéficiaires potentiels ne touche pas les aides auxquelles ils ont droit.

À lire aussi : « Trop de pognon » dans les aides sociales ? La face cachée du non-recours

Il est impossible d'évaluer la part de ces presque 7 millions de personnes tenues à l'écart du modèle social français qui survit grâce au travail au noir, pour éviter la mendicité et la petite délinquance (cambriolages et vols sans violences physiques ni menaces), en forte hausse en 2017.

Comment en est-on arrivé là ?

La disparition des protections statutaires pour une partie de la société française tandis qu'une autre partie se raidissait dans la défense de ses « acquis sociaux » est un lent processus qui remonte à la fin des années 1970.

C'est un phénomène à la fois bien documenté et jamais pris en compte de front par les syndicats et les pouvoirs publics, les premiers parce qu'ils se sont résolus - souvent à contre-cœur - à ne défendre que les travailleurs pas encore touchés par le démantèlement de la protection sociale, les seconds parce qu'ils se sont épuisés depuis les années 1990 à réinventer l'aide aux pauvres avec le RMI puis le........

© La Tribune