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Vienne, capitale des cafés

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13.01.2019

REPORTAGE Il y a mille raisons d’aller dans l’ancienne capitale de l’empire austro-hongrois : ses églises, ses palais, ses musées, son opéra, sa célèbre salle de concert le Musikverein. Et, bien sûr, ses cafés, jadis au centre de la vie intellectuelle, qui connaissent un regain de succès.

Le Café Landtmann. / Gonzalo Azumendi/Laif-REA

Ce matin d’hiver, Vienne frisonne. C’est une incitation à faire une pause, au chaud, dans un des célèbres cafés historiques qui ont fait sa réputation. Et donc à entrer au Café central, puisque nos pas nous ont conduits jusqu’au Palais Ferstel.

Après s’être fait connaître en 1856 grâce à l’église votive néogothique (Votivkirche), l’architecte Ferstel devait se faire remarquer grâce à ce bâtiment de style historiciste néobyzantin, destiné à abriter la banque austro-hongroise et la Bourse de Vienne. Ces deux établissements ont déménagé depuis longtemps. Depuis 1876, le Café Central se trouve au numéro 14 de la Herrengasse. Rideaux beiges, luminaires d’époque, lumière tamisée, ambiance cosy…

Une fois assis sur une chaise Thonet, devant une table en marbre, il n’y a plus qu’à commander et à déguster, en prenant tout son temps pour bavarder, méditer, rêvasser, lire – un grand assortiment de journaux étrangers est à disposition –, ou simplement regarder.

Vienne, ville monde, résiste au repli

On dirait que rien, ou presque, n’a bougé dans ce café qui fut celui de l’intelligentsia viennoise il y a un bon siècle. Le poète Peter Altenberg trône encore près de l’entrée principale sous les traits… d’une sculpture de carton-pâte. En tendant un peu l’oreille, on croit entendre les voix de Victor Adler, Leon Trotski, Adolf Loos, Oskar Kokoschka, Stefan Zweig, Franz Kafka, Egon Erwin Kisch. Et on les imagine jouant aux échecs, aux dominos…

Altenberg y passait ses journées. Il avait sa table attitrée et se faisait adresser son courrier au café dont l’adresse se trouvait sur sa carte de visite. Cela en dit long sur le rôle passé de ces établissements classés, depuis, par l’Unesco parce qu’ils « sont un lieu où le temps et l’espace peuvent être consommés, mais où seul le café est facturé ». Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig évoquait d’ailleurs « une sorte de club démocratique ouvert à tous pour une modique tasse de café ». Sans être chez soi, on se sent comme à la maison dans les cafés de Vienne.

Leur origine fait encore débat. Selon les uns, elle remonterait au second siège de Vienne par les Turcs. Ces derniers auraient été défaits après qu’un espion d’origine hongroise, un certain Kolschitzky, eut apporté des informations de première importance aux Autrichiens.

« En guise de remerciement, celui-ci reçut la citoyenneté et les 500 sacs de café oubliés par les Turcs dans leur fuite. C’est lui qui aurait ouvert le premier café en 1685 », raconte Susanne Holper, guide à Vienne. « Mais ceci est une légende, ajoute-t-elle prudemment. Le premier café a bien été ouvert en 1685, mais par un Arménien du nom de Johann Diodato, au numéro 14 de la Rotenturmstrasse. » Un emplacement occupé aujourd’hui par le très branché café Daniel Moser.

Quoi qu’il en soit, reprend Susanne Holper, « Vienne s’est construite autour de ses cafés, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Avec l’essor de l’industrialisation, la ville est passée de 500 000 à 2 millions d’habitants. C’était alors la capitale d’un empire de plus de 50 millions d’habitants. Les nouveaux riches se faisaient construire des palais le long du Ring et la vie intellectuelle bouillonnait. »

Architectes, décorateurs, artistes – Klimt, Schiele, Wagner, etc. – se font alors connaître en décorant les nouvelles constructions et en faisant le portrait des riches bourgeois, qui apprécient........

© La Croix