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Loger des SDF, une idée qui a fait ses preuves

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12.01.2017

La Fédération des acteurs de solidarité tient jeudi 12 et vendredi 13 janvier son congrès, qui planche sur une idée forte : la solidarité n’est pas un coût mais un investissement.

La preuve avec le programme « Un chez soi d’abord », qui part du principe qu’il y a plus de bénéfice à loger des SDF souffrant de troubles mentaux qu’à les laisser se débrouiller seuls. Exemple à Paris, l’une des quatre villes où le dispositif a été testé.

À Marseille, Guillaume, ancien SDF, discute avec le psychiatre qui le suit dans le cadre du programme « Un chez soi d’abord ». / Franck Pennant/AFP

Sur la table, les cafés sont déjà servis. Et, autour, les chaises disposées pour accueillir les invités. Déroulées sur le lit, les dernières peintures, au style vif et coloré, sont prêtes à être montrées. Sur l’ordinateur, un peu de musique rock.

Depuis trois ans et demi, Rodolphe, 56 ans, est chez lui dans ce petit deux-pièces au rez-de-chaussée d’une résidence proprette du nord de Paris. Trois ans et demi de calme relatif dans une vie qui semble rebondir de centres d’hébergement en hôpitaux psychiatriques. De périodes de sevrage de sa consommation de cannabis et de crack en rechutes, avec, aussi, un passage par la prison. « Dès l’adolescence, je suis parti en errance », résume-t-il.

Il était à la rue depuis quatre mois quand l’association Charonne, qui s’occupe de conduites addictives, lui a parlé de l’expérimentation « Un chez soi d’abord ». Celle-ci se propose de prouver qu’en donnant un logement stable à des sans-abri présentant des troubles mentaux, on facilite leur rétablissement, sans que cela coûte plus cher à la collectivité.

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« La prise en charge des SDF se fait par paliers, explique Éric Barthélémy, directeur territorial chez Aurore (1), association qui gère le volet logement de l’expérimentation parisienne. D’abord, on leur propose un hébergement d’urgence, puis, si la personne est considérée comme prête, un logement un peu plus pérenne, et si tout se passe bien, on envisage un logement stable. L’idée est d’inverser le processus en disant que le logement n’est pas la finalité, mais le préalable à la stabilisation de la personne. »

Inspirée des dispositifs canadien et américain, cette expérimentation a été décidée en 2010 par le gouvernement de droite d’alors dans quatre villes françaises (Paris, Marseille, Toulouse, Lille).

Le constat ayant été fait que près de 30 % des personnes à la rue souffrent de problèmes psychiques sévères et que cette population ne s’intègre pas dans les structures d’hébergement classiques, le choix a été fait de concentrer le test sur 720 SDF souffrant de troubles psychiatriques graves (schizophrénie ou troubles bipolaires) et/ou d’addiction.

La moitié d’entre eux, tirés au sort, se sont vu proposer un logement stable, comme Rodolphe. L’autre moitié, qui alterne rue et hébergements d’urgence, servant de groupe témoin.

Quatre ans après le début de l’expérimentation, un premier bilan national montre « une réelle efficacité à un moindre coût ». Aussiun décret publié début janvier décide d’étendre l’évaluation à 16 nouveaux sites.

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« Globalement, détaille le sociologue David Sauzé, chercheur à l’hôpital Maison-Blanche, qui évalue l’expérience parisienne, non seulement les gens arrivent très majoritairement à rester dans leur logement et ils vont mieux. Ils consomment moins de structures d’urgence et les durées d’hospitalisation, notamment en psychiatrie, sont réduits. »

Les coûts évités par le dispositif seraient de 17 500 € par participant et par an, soit plus que les 14 000 € que représente le dispositif en loyer et en personnel.

Car, et c’est l’une des clés du succès de l’opération, chaque participant est accompagné par une équipe pluridisciplinaire avec psychologue, médecin, infirmier, éducateur spécialisé, conseiller en économie sociale et financière…

À Paris, 13 personnes suivent 49 locataires. Et se partagent, en binôme, les visites à domicile, en moyenne tous les quinze jours, la permanence téléphonique, qui fonctionne 24 heures/24, et les accompagnements, qui varient selon la demande.

« Bien sûr ça aide, c’est un lien qui, avec le logement, me permet d’avoir de la stabilité », résume Rodolphe. S’il reconnaît avoir « encore des problèmes de fumeur », beaucoup de choses semblent en bonne voie pour lui. Il fréquente un groupe de soutien pour son addiction, un autre pour ses troubles psychiques, et un atelier d’art.

Depuis juillet 2016, il est en CDD dans l’entreprise d’insertion Carton plein, où il travaille six heures par semaine. Il envisage de travailler 20 heures par semaine dans un Établissement et service d’aide par le travail (Esat), en bureautique ou en informatique. Puis de louer un appartement plus grand, où il pourrait recevoir plus confortablement sa fille de 14 ans.

> A lire aussi : Louis Gallois : « La solidarité est un investissement »

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La Fédération des acteurs de solidarité en congrès

Nouveau nom de la Fnars depuis janvier 2017, la Fédération des acteurs de solidarité, en congrès jeudi 12 et vendredi 13 janvier à Dijon, regroupe près de 870 associations de solidarité et d’organismes qui accueillent et accompagnent les plus démunis dans l’accès au logement, à l’emploi, à la santé ou à leurs droits.

Une plate-forme d’une cinquantaine de propositions, dont la création d’un revenu minimum décent de 850 €, a été présentée mardi 10 janvier.

(1) Un des membres.....