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Récupérer un compte bancaire oublié, le parcours du combattant

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04.07.2017

Depuis le début de l’année, la Caisse des dépôts a mis en place un site Internet pour faciliter la récupération des comptes bancaires et assurance-vie tombés en déshérence. La procédure se veut fluide et rapide, mais des obstacles imprévus peuvent la transformer en course de fond. Récit.

Deligne

Longtemps, il s’est couché sans y penser. Et puis un beau jour de janvier 2017, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) annonce l’ouverture de Ciclade, un site Internet recensant les comptes oubliés. Une nouveauté mise en place par la loi ­Eckert, du nom de l’ancien secrétaire d’État au budget, afin d’aider les épargnants à récupérer leurs comptes bancaires ou contrats d’assurance-vie en déshérence. Voilà qui réveille alors chez Marcel (1) le vague souvenir d’un ancien livret A, délaissé dans les années 1980 après avoir été presque intégralement délesté.

Le petit épargnant oublieux tente aussitôt sa chance. Une recherche lancée plus par jeu que par appât du gain, tant il sait que même agrémentés de décennies d’intérêts, les quelques francs de l’époque ne vont pas faire une fortune en euros d’aujourd’hui. Après avoir fourni quelques indications, le site Ciclade lui répond qu’un compte à son nom est bien enregistré à la CDC. Bingo ! Les fonds sont là, à portée de main.

A lire : À la recherche des contrats d’assurance-vie oubliés

Le reste devrait être une formalité. Ce sera une longue quête, semée d’embûches. Pour lui rendre les fonds, la Caisse des dépôts ne demande pourtant que deux petites choses. Une attestation de domicile, facile à fournir. Mais aussi un mystérieux « état du compte transféré à la Caisse des dépôts et consignations ».

Trente ans et de nombreux déménagements plus tard, Marcel n’a conservé aucune trace de son antique livret d’épargne. À vrai dire, il n’est même pas certain de l’établissement auprès duquel il avait été ouvert. Après quelques recherches infructueuses, il finit par trouver un contact téléphonique à la CDC. On lui explique alors que c’est à lui de se débrouiller pour récupérer un justificatif auprès de sa banque de l’époque, La Poste.

« La responsabilité de la Caisse des dépôts est de gérer le système, mais aussi de s’assurer que les fonds sont versés à la bonne personne. Or, dans ce cas particulier, nous n’avions pas assez d’éléments pour procéder au paiement », justifie un représentant de la CDC. Dans la majorité des cas, en effet, les clients se tournent vers Ciclade après avoir reçu un avis de leur banque disant que leur compte inactif allait être clôturé et les fonds transférés. Ils ont alors toutes les références en main et peuvent se faire rembourser sans autre formalité.

Marcel, lui, n’a aucun document à présenter. Pour prouver qu’il est bien le titulaire du compte, il se lance alors à l’assaut de La Banque postale. N’étant pas client de l’établissement, il cherche une porte d’entrée via le site Internet de l’établissement. Celui-ci ne sera d’aucun secours, se contentant de renvoyer vers le serveur vocal. Las, avec ses « tapez 1 » ou « tapez 2 », celui-ci s’avère imperméable aux demandes trop particulières. Et quand il croit toucher au but, Marcel se heurte toujours à un mur. Faute d’être client de La Banque postale, il ne peut pas fournir son numéro client, sésame indispensable pour pouvoir parler à un humain.

Changeant de stratégie, Marcel tente sa chance dans le bureau de poste le plus proche de chez lui. À l’accueil, l’agent est aussi serviable qu’ébahi. « Un livret A de plus de trente ans ? Non, franchement je ne sais pas comment vous aider. Contactez le service client par téléphone. » Soupir de lassitude. Et retour à la case départ.

Marcel décide alors d’interpeller La Banque postale via le réseau social Twitter. Les grandes entreprises, soucieuses de leur image, y sont en général très réactives. Le premier contact est effectivement encourageant. Visiblement, La Poste est sur le pont même en pleine nuit puisque son message envoyé dans l’après-midi lui vaut un retour le jour même à 22 heures. « Je prends note de votre demande concernant votre livret A », lui assure Sacha en promettant « une réponse rapide ».

La suite sera nettement moins impressionnante. Au bout d’une semaine, d’un mois, de six semaines, de deux mois, de trois mois, Marcel relance à de multiples reprises le service client. À chaque fois, il demande désespérément un contact, implore pour qu’on lui communique un numéro de téléphone ou l’adresse mail du service chargé de suivre les comptes en déshérence. Las, il ne reçoit en retour que des réponses automatiques envoyées sous des prénoms androgynes.

Andréa, Sacha ou Camille se relaient ainsi pour lui redemander à chaque fois son nom et sa date de naissance afin de pouvoir lui répondre « dans les plus brefs délais........

© La Croix