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Police de proximité, les conditions du succès

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14.09.2017

Gérard Collomb reçoit vendredi 15 septembre des syndicats de police pour parler notamment de la police de sécurité quotidienne. Pour éviter les écueils de la police de proximité, expérimentée à la fin des années 1990, des questions fondamentales de doctrine et d’organisation devront être tranchées.

Deux villes seraient candidates à l’expérimentation de la police de sécurité quotidienne : Lille et Aulnay-sous-Bois. / Ludovic/Rea

Qu’il faille améliorer les relations entre la police et la population, tout le monde en convient. « Il y a des éléments de tensions très forts qui se sont cristallisés ces dernières années, comme l’ont montré les différentes émeutes depuis 2005 ou l’affaire Théo, explique Jacques de Maillard, professeur à l’université de Versailles Saint-Quentin et sociologue de la police. Or le rapport à la population affecte les conditions de travail des policiers. » Dans un rapport pour Terra Nova en 2016 (1), il plaidait même : « La légitimité et la confiance que le public accorde aux forces de police sont une condition de leur action. »

Cette amélioration peut-elle passer par une police plus proche des citoyens, axée sur la prévention ? Là aussi, le principe est plutôt partagé. « Dans la philosophie, nous ne sommes pas contre l’idée d’une police plus présente sur le terrain, portée par la volonté de résoudre les problèmes, d’apporter des solutions », explique Céline Berthon, secrétaire général du Syndicat national des commissaires de police.

Pourtant, la mise en place annoncée d’une « police de sécurité quotidienne » soulève des réticences. « La proximité, ça ne se décrète pas, poursuit la commissaire. Il y a quelque chose d’idéologique à penser que la seule présence de policiers sur le terrain peut réduire le passage à l’acte délictuel, surtout dans des quartiers où la délinquance s’est profondément ancrée. »

entretien : Que peut apporter une police de proximité ?

La précédente expérimentation de police de proximité, entre 1999 et 2001, plane comme une ombre sur la réforme à venir. Car paradoxalement, si celle-ci était plébiscitée par les élus locaux, qui saluaient dans un rapport en 2006 une « meilleure présence sur le terrain », un « dialogue plus facile avec la population », un « recueil d’informations plus ciblé » et « un meilleur traitement d’approche des victimes », elle a aussi souffert de nombreux ratés qui ont, pour partie, justifié son abandon quelques années plus tard, peu après l’arrivée de Nicolas Sarkozy place Beauvau.

Au nom de la proximité, la réforme avait en effet entraîné une multiplication coûteuse des commissariats (+ 45 % entre 1999 et 2003), fixant les agents dans les locaux plutôt que sur le terrain. Montées de toutes pièces avec de jeunes policiers, les équipes avaient par ailleurs peu de liens avec les autres services, notamment de police judiciaire.

« Concrètement, si on met une patrouille sur le terrain qui prend contact avec le public, les comités de résidents, les bailleurs, les commerçants, elle va recueillir les attentes, illustre Céline Berthon. Si ensuite, elle ne peut rien en faire parce qu’elle n’a pas les moyens de lancer des procédures ou de faire interpeller des personnes, elle devient un simple agent d’ambiance ! »

Bien conscient de ce risque, l’exécutif actuel ne cesse de répéter que sa police de sécurité quotidienne ne sera pas une réédition de la précédente expérience. Devant les préfets, Emmanuel Macron a rappelé son objectif : « reconstruire des solutions de sécurité au plus près du terrain (…) et pas simplement (organiser) des présences ou des occurrences policières ! »

Pour Gérard Collomb, l’enjeu est bien de « faire reculer l’insécurité du quotidien ». Car « lorsque vous quittez le quartier, vous n’avez plus les renseignements, a-t-il indiqué dans un entretien au Figaro. Il faut pouvoir écouter ce qui s’y dit, connaître l’ambiance. »

Au-delà de ces grandes lignes, quelles seraient les conditions du succès de la réforme ? Jacques de Maillard en liste........

© La Croix