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Julia Deck, l’ombre de l’art

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14.09.2017

Roman. Empruntant les codes du roman d’espionnage, Julia Deck déroule les portraits en demi-teintes d’une vingtaine de personnages aux prises avec la puissance, libératrice et destructrice, de l’art pictural.

Sigma, de Julia Deck, Les éditions de Minuit, 240 p., 17,50 €

A bien considérer, il eût été surprenant que les inclinations de Julia Deck pour l’énigme et la dissimulation n’aiguillent jamais son inspiration vers le roman d’espionnage, parfaite traduction formelle du goût que la jeune romancière nourrit pour les ambiguïtés humaines.

À bien y réfléchir encore, il y avait fort à parier que l’auteure excelle dans le genre, bâtisseuse d’histoires à effets de miroir qui cisèle ses personnages sans jamais en révéler absolument la part d’ombre.

Ainsi flirtait-elle déjà avec le thriller psychologique en retraçant les errances solitaires de Viviane Élisabeth Fauville et Bérénice Beaurivage, secrètes héroïnes de ses deux premiers romans.

Ainsi emprunte-t-elle aujourd’hui aux codes du roman d’espionnage et d’anticipation, entre John le Carré et les frères Strougatski, pour dresser les portraits d’une vingtaine de personnages, dans un récit choral au charme trouble et à l’humour sombre.

Sigma est un livre puzzle, dont le parfum de mystère se révèle à mesure que l’intrigue se noue autour de la quête d’un tableau disparu dans les années 1940. Un chef-d’œuvre de l’art brut vibrant « d’un feu inimitable » et dissimulé, dit-on, dans quelque obscur couloir d’un pavillon genevois : révélation métaphysique inédite pour les uns, dangereuse pièce à la portée séditieuse pour les autres.

Relire : Retour au point d’arrivée

Sur le fil tendu entre ces deux antagonismes idéologiques évoluent fébrilement les héros de Julia Deck. Tous sont liés par l’œuvre absente, objet de désir, de crainte et d’absolu : un banquier mécène et amateur d’art, un scientifique réputé et son épouse galeriste, une jeune actrice tourmentée et en vogue, un collectionneur en quête d’investissement…

Tous s’affrontent dans la neutralité ouatée de la haute société helvétique, de Genève à Lausanne en passant par Davos, où les coups se donnent en........

© La Croix