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Mgr Michel Aupetit : « Il n’y a pas la bioéthique d’un côté et les migrants de l’autre »

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14.01.2018

Le nouvel archevêque de Paris réunissait, samedi 13 janvier, les prêtres et conseils paroissiaux du diocèse pour faire le point sur les initiatives prises en faveur de l’accueil des migrants.

Pour La Croix, Mgr Michel Aupetit explique que la même vision de l’homme est en jeu sur cette question et dans la révision des lois de bioéthique qui s’annonce.

Il invite la société tout entière, et les catholiques au premier chef, à se laisser « déranger » par les personnes les plus fragiles.

« Impossible de leur fermer la porte ! », clamait samedi Mgr Michel Aupetit, parlant des réfugiés devant des prêtres et responsables de paroisse. / Corinne Simon/Ciric

La Croix : L’accueil des migrants est-il la priorité du diocèse de Paris ?

Mgr Michel Aupetit : C’est l’une des priorités, car la priorité est d’accueillir les gens, de les aimer, de les accompagner, comme nous y invite l’Évangile. Les migrants étant à notre porte, il est impossible de se cacher et de dire qu’on ne les voit pas. La journée organisée samedi par notre diocèse l’a montré de manière formidable : les paroisses directement concernées par le phénomène se sont mises en action et d’autres moins impactées au premier chef se sont mises à disposition, en livrant des ressources humaines ou financières.

Êtes-vous favorable à un accueil inconditionnel des migrants ?

Mgr M. A. : Lorsque quelqu’un se présente à vous, avec la faim et la soif, il est impossible de lui fermer sa porte. On ne peut pas ne pas se laisser toucher par la présence de ces personnes. Ensuite, il faut réfléchir à la question plus large et plus politique du bien commun. Elle se distingue de l’intérêt général, qui est le devoir de l’État de faire en sorte que la vie en société soit acceptable. Le bien commun consiste à ce que chacun soit pris en considération, mais au service de tous. Il nous faut nous demander comment préserver le bien commun tout en accueillant de manière inconditionnelle tous ceux qui frappent à notre porte. L’Église, sur ce sujet comme sur bien d’autres, est sur la ligne de crête qui consiste à concilier amour et vérité.

Que dites-vous aux catholiques qui expriment des réserves quant à cet accueil inconditionnel ?

Mgr M. A. : Je comprends ces réserves, elles traduisent une peur, liée au climat d’insécurité générale dans lequel nous nous trouvons. L’armée est à nos portes, les policiers stationnent devant certaines églises. À cette insécurité effective s’en ajoute une autre, plus culturelle : notre mode de vie, notre façon de penser, les fondations de notre civilisation vont être remis en cause par d’autres cultures. Or, l’Histoire nous montre que ces phénomènes se sont déjà produits et que si nous sommes fidèles à l’Évangile, nous n’avons rien à craindre. De plus, sommes-nous si heureux de la société individualiste que nous avons construite ? Ces bouleversements vont peut-être nous permettre de construire une civilisation bien plus intéressante, la civilisation de l’amour qu’avait prônée Jean-Paul II.

Lire aussi  : Le pape et les migrants, le malentendu : sept questions-réponses

Est-ce à dire, comme vous l’avez rappelé samedi, que les catholiques doivent se laisser déranger ?

Mgr M. A. : C’est l’Évangile qui nous dérange ! Personnellement, j’étais médecin, et voilà que le Seigneur est entré dans ma vie. Je ne me suis pas laissé faire au début, je me suis battu… Toute la vie chrétienne appelle à se laisser déranger, constamment. Lorsque j’étais prêtre de paroisse, je me souviens d’un homme qui a frappé à ma porte cinq minutes avant le début de la messe en me disant : « J’ai faim ». Devais-je le renvoyer en lui disant de revenir à un autre moment ? Ou l’accueillir au moment où je m’apprêtais à célébrer le........

© La Croix