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Sarah Ourahmoune n’a pas jeté l’éponge

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12.01.2017

Médaillée d’argent aux Jeux olympiques de Rio, la boxeuse Sarah Ourahmoune, aujourd’hui retraitée, met son énergie débordante au service de ses nombreux projets entrepreneuriaux et associatifs.

Sarah Ourahmoune avoue avoir besoin de s’occuper des autres pour se sentir utile. / Bruno Levy/Divergence

« Elle ne savait pas que c’était impossible, alors elle l’a fait. » Cette maxime, inspirée d’une citation de l’auteur américain Mark Twain, pourrait être la devise de Sarah Ourahmoune. À Rio, dans la catégorie des poids mouches (– 51 kg), elle a décroché de haute lutte une médaille d’argent, la première pour une boxeuse française aux Jeux olympiques (1).

Le sommet d’un parcours sinueux pour la jeune femme, qui a enfilé les gants pour la première fois à 14 ans. Un temps où, en France, les compétitions étaient interdites aux femmes. « Quand j’ai commencé, il y a vingt ans, ma mère était inquiète mais mon entraîneur l’avait rassurée, raconte la jeune maman d’une petite fille de 3 ans. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de femmes dans les salles, et encore moins sur les rings. »

Médaille d’argent autour du cou, Sarah Ourahmoune (34 ans) a arrêté sa carrière « en paix ». Mais ne comptez pas sur elle pour goûter aux charmes de l’oisiveté. Elle met toute son énergie au service de ses nombreux projets. Car l’ancienne boxeuse est aussi chef d’entreprise. Elle dirige, avec son mari boxeur lui-même, Francky Denis, la société Boxer Inside qui propose des conférences et des interventions en entreprise en utilisant la boxe comme outil de développement personnel. Une idée qu’elle a mûrie lors de son master en communication à Sciences-Po Paris, école dont elle a intégré l’incubateur.

> Lire aussi : Sarah Ourahmoune, l’argent, la paix et la retraite

Pour réussir, elle affiche la même détermination que sur le ring. « J’ai pris mon téléphone et j’ai fait le tour de certaines entreprises en leur proposant mes services gratuitement pour essayer de comprendre leur mode de fonctionnement et leurs besoins, confie de sa douce voix l’ancienne boxeuse, installée depuis vingt ans à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). J’ai aussi quelques mentors qui m’ont ouvert leur réseau et permis de construire ma clientèle. » Depuis les Jeux de Rio, les coups de fil affluent et les interventions en entreprise se multiplient.

Jamais à court d’idées, Sarah Ourahmoune travaille également au développement de gants connectés. Des capteurs doivent permettre de mesurer l’activité (fréquence, vitesse et puissance des coups) pour proposer des jeux pour le grand public. Après présentation du prototype, la phase de levée de fonds va être enclenchée. « J’ai déjà commencé à rencontrer des investisseurs lors d’événements où j’étais invitée grâce à ma médaille », indique-t-elle. « C’est mon problème d’avoir un projet à la minute, plaisante la vice-championne olympique. Dès que j’ai une idée, j’ai envie de la développer. Je préfère faire et me poser les questions en chemin. Ça me fait courir partout mais c’est une manière de vivre que j’aime. » Elle consacre aussi une bonne partie de son temps à son association, créée en 2011, qui propose notamment des cours de boxe à l’adresse des femmes, avec une garderie à disposition, ou des personnes en situation de handicap mental.

> Lire aussi : Les femmes prennent d’assaut les salles de boxe

Depuis son titre de vice-championne olympique, elle a obtenu une salle à Paris. S’occuper des autres est pour la jeune femme, issue d’une famille de six enfants originaire d’Algérie, un « besoin » pour se sentir utile. « J’ai été éducatrice spécialisée, raconte-t-elle. J’ai travaillé avec des personnes en situation de handicap mais aussi des toxicomanes ou des prostituées. »

Inspirée par les femmes qui font bouger les lignes, à l’image de Kathrine Switzer, première à courir un marathon, en 1967 à Boston – alors qu’à l’époque elles n’avaient pas le droit de participer –, ou encore Françoise Dolto et Sœur Emmanuelle, elle se réjouit de pouvoir à son tour servir de modèle. « J’ai reçu beaucoup de messages pendant les JO, confie Sarah Ourahmoune. L’un des premiers venait d’une femme qui avait lancé un projet d’entreprise mais rencontrait des difficultés et voulait tout arrêter. Elle m’a dit que mon parcours lui redonnait du courage et l’envie de s’accrocher. Ce genre de message, ça fait du bien. À Rio, je sentais qu’il y avait du monde derrière moi. Ce fut une vraie force. »

Citoyenne engagée, l’ancienne boxeuse n’exclut pas d’explorer encore de nouveaux horizons et de se tourner vers la politique : « Si c’est pour mener à bien des missions axées sur le sport, le développement de la pratique, la création d’événements en Seine-Saint-Denis, un département que je connais bien et où il y a de vrais besoins, alors, oui, ça m’intéresse. »

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Son inspiration. L’entreprise

« J’ai vraiment pris goût à la liberté de créer sans freins. C’est pour ça que je me suis lancée dans l’entrepreneuriat. C’est venu à moi par hasard, à la faveur de rencontres grâce auxquelles je me suis dit que c’était ce qu’il me fallait. Je vivais alors une période où j’avais mis la boxe entre parenthèses et j’ai ressenti que dans la création d’entreprise je pouvais retrouver des valeurs que je connaissais dans le sport. On se retrouve face à la concurrence, il y a des prises de risque et du défi. Je crois vraiment que ce goût du défi m’anime, sur le ring et en dehors. »

(1) La boxe féminine a fait son entrée aux Jeux.....