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Arno Bertina, le chant des dépossédés

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14.09.2017

L’écriture polyphonique d’Arno Bertina transforme la séquestration d’un ministre dans un abattoir breton en opéra politique des gueux.

Au cœur du brasier et de ses étincelles, le roman laisse imaginer ce qui couve en France
(Ici, des « Goodyear » protestant contre la fermeture de leur usine). / Nicolas Messyasz/Hans Lucas

Des châteaux qui brûlent, d’Arno Bertina, Verticales, 422 p. 21,50 €

L’insurrection qui vient semble être advenue, tant la littérature la campe, sous toutes les formes possibles, depuis un lustre au moins. Des Renards pâles de Yannick Haenel (Gallimard, 2013) à Mathias et la Révolution de Leslie Kaplan (P.O.L., 2016) en passant par Bois II d’Élisabeth Filhol (P.O.L., 2014), la sédition est à la page, dans une France en perdition coincée entre mondialisation et désindustrialisation.

Nos écrivains du XXIe siècle s’attachent ainsi aux futures mutineries qu’ils guettent, là où Hugo et Flaubert avaient, au XIXe siècle, procédé à quelque arrêt sur tourmente passée – dans Les Misérables ou L’Éducation sentimentale.

Peut-être les historiens du futur constateront-ils que nos concitoyens n’ont pas tout chambardé pour avoir eu l’impression que le chamboule-tout avait déjà eu lieu, tant l’imaginaire collectif est saturé de convulsions. Comme si la littérature s’était substituée au réel annoncé ; comme si l’écriture de quelques-uns avait tenu lieu de passage à l’acte collectif…

Un tel constat heurterait de plein fouet Arno Bertina, dont la prose ne se veut ni vampire ni paravent de ce qui fermente, mais voudrait accompagner le réel effervescent, l’épauler sous couvert de le détecter, en décrire les contours tout en en respectant le cours. Voilà cinq ans qu’Arno Bertina travaillait à ce récit ancré dans le quotidien en souffrance de salariés bretons. Rappelant Daewoo de François Bon (Fayard, 2004), qui s’inscrivait dans la Lorraine sinistrée.

Et la manière chorale de Par-dessus bord, la pièce de Michel Vinaver démontant le capitalisme à travers le mécano d’une entreprise de papier hygiénique – œuvre composée entre 1967 et 1969, avant qu’Arno Bertina ne vît le jour (il est né en 1975), mais que le romancier a vue lors de sa reprise au théâtre de la Colline à Paris en 2008.

Relire : Les belles surprises de la rentrée littéraire

La trame était là, l’écriture bien avancée : Des châteaux qui brûlent saisissait un moment où basculent des vies révoltées, dans un abattoir de poulets du Finistère, à l’occasion de la visite d’un secrétaire d’État soudain séquestré. Le prisonnier d’un jour, puis d’une semaine, et ses geôliers du moment s’exprimaient en de courts chapitres polyphoniques.

Et voilà qu’au printemps 2016, Nuit debout s’ébroue. Arno Bertina s’y rend, place de la République à Paris, découvre des leçons de vie, d’intelligence et d’écriture, qui valident et réorientent son projet littéraire. Il y aura donc de la détresse et........

© La Croix